BIO
MIKE
JONES, UN PUR TALENT
C'est sûr, on ne compare ni les époques
ni les postes de jeu . Alors, affirmer que Mike Jones fut de tous les
étrangers de l'Elan le plus talentueux consiste à prendre
un risque, inutile, voire stupide au demeurant. Reste que cet ailier
au très lointain rapport avec l'archétype de l'athlète
était, une grosse balle orange entre les mains, un véritable
joyau. Ses deux saisons pleines en Béarn (90-92) en font foi.
Ce matin là, sous les poutres d'une Moutète
toujours plus réfrigérante qu'accueillante à la
fraîche, les joueurs, en rang serrés sur le banc du fond,
attendaient sagement l'arrivée du nouveau : un américain
au patronyme d'un commun à faire frémir...Jones, pensez
donc, le Dupont " made in " outre atlantique
Mike Jones, s'avança, la dégaine négligée,
la démarche cahotique, la genouillère solidement vérouillée,
l'oeil mal ouvert mais la certitude chevillée au corps. C'est
Orlando Philipps, déjà en place, qui le premier sursauta
d'étonnement: "Ca le nouveau joueur?" interrogea-t-il
un tantinet narquois... Le nouveau joueur en question effectua deux
trois pas de plus, et balança négligement, non loin du
centre du terrain, un tir arc en ciel, qui fila droit, percer le panier...
Il s'en revint vers le banc serrer les mains de ceux auxquels il allait
être officiellement présenté...Un ange soudain traversa
la salle...
Mike Jones força-t-il jamais davantage quoi que ce soit? On en
doute, tant il gérait son quotidien avec une nonchalance non
feinte, une désinvolture qu'il puisait dans une confiance inouïe
en ses valeurs. Rien ne semblait avoir de prise sur ces certitudes,
le bougre était indéstructible et ne douta jamais de ce
qu'il cultivait le mieux : son talent.
Ce talent que le staff de l'Elan vérifia de visu, le 19 avril
90 lors d'un voyage à Saragosse où sous les couleurs de
l'Aris Salonique, il disputait le final four de la coupe des clubs champions.
Pour la troisième fois en trois confrontations cette saison là,
il fut le bourreau de Limoges. Et boucla l'exercice européen
à 23 points de moyenne. L'ancien étudiant d'Auburn, confirmait
ainsi son titre de meilleur joueur du championnat grec obtenu l'année
précédente sous les couleurs du PAOK, où il débuta
sa carrière européenne. Cette saison là, les "
noirs " du PAOK ayant mis fin lors du sulfureux derby à
quatre ans d'invincibilité des " jaunes " de l'Aris
dans leur antre, Mike Jones fut fêté en héros et
ne tarda pas à rejoindre les dieux locaux de l'époque
Gallis et Yannakis, c'est à dire qu'il traversa la rue pour seulement
changer de casaque
Les Duels avec le CSP lors du titre 1992...
A gauche : Brooks, D. Gadou, R. Dacoury et V. Demory. A droite : O.
Philips, M. Brooks et R. Dacoury.
Il effectua, avec ses nouvelles couleurs, on l'a
dit, une saison monstrueuse qui aurait pu le conduire sur les chemins
de l'Olympe. En lieu de quoi, il vécut l'enfer au retour de Saragosse.
Accusé de tous les maux, il vit un beau matin la police locale
débarquer chez lui pour lui chercher mille misères. Au
pays des Hellènes, l'histoire tourna court, notre homme était
dans le premier avion quitant le territoire, direction les Etas-Unis,
via Paris où une longue escale l'attendait. Mike Jones sut sans
doute à cet instant qu'il ne reverrait plus jamais le soleil
de Salonique, ce qui entre parenthèse l'obligera à rester
sagement en Béarn le jour où l'Elan s'en alla jouer contre
le Panionios d'Athènes. Un Béarn dont il entendit parler
à Paris où Pierre Seillant, averti à la hâte,
s'était rendu sachant que l'ailier d'Auburn y faisait halte
L'histoire ne dit pas par quel miracle, l'information avait atterri
jusqu'à la rue du Général Foy à Orthez,
siège du bureau présidentiel
Mais elle y était
parvenue et c'est donc sur un comptoir d'aéroport parisien que
se ficela la venue de Jones à l'Elan.

Mike et T. Gadou
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Mike à la Moutète...
Deux ans plus tard, le palmarès
de l'Elan avait grossi de trois titres, les deux tournois des As de
Paris et Dijon (1991 et 1992) et le titre national de 1992 à
Pau. Il s'en fallut d'un panier alléluia du slovène Hauptman
à 7 secondes de la fin du match contre Ljubljana pour que s'ajoute
une demi-finale de la coupe des Coupes 92, la fameuse année où
le destin plaça sur la route de l'Elan un certain Muresan. C'est
d'ailleurs à Cluj face au géant roumain en tour préliminaire
que Mike Jones se livra à un de ces numéros d'équilibriste
dont il avait le secret. Alors que la présence dissuasive de
Gidza avait aseptisé l'attaque de l'Elan au point de voir les
Roumains prendre 14 longueurs d'avance, la seconde mi-temps fut celle
de Jones qui assura le spectacle et le score compilant 35 points. Il
faut dire que ce soir là, trois béarnais Jones donc, Phillipps
et Didier Gadou se taillèrent la part du lion en totalisant 92
des 107 points de l'Elan
Homme de carton Mike Jones ? D'autres exemples : 43 points à
Galil-Elyon, 38 face au Réal, 41 et 42 pour une moyenne nationale
de 24 et des poussières en 39 matches. Car le paradoxe voulut
que Mike Jones ou pas, l'Elan ne franchisse pas le tour élimlinatoire
de la coupe Korac face à Ostende
. Comme quoi une hirondelle
ne fera jamais le printemps, aussi printanière soit-elle
La seconde année de Jones à l'Elan fut encore plus épanouie
avec le doublé, et puis cette formidable campagne européenne
trop longue de sept secondes seulement à Gorizia. Elle lui offrit
de larges perspectives et c'est au FC Barcelone qu'il accorda ses faveurs,
disputant la finale de liga ACB que les Catalans perdirent sans bavures
tant le Sabonis (Réal) de l'époque écrasa un Audie
Norris en petite forme.
C'est en France que Jones revint chercher la gloire mais il ne se contentera
plus que d'une distinction individuelle, celle de meilleur marqueur
du championnat sous les couleurs de Cholet.

Howard et Mike.
Et son come back palois en 94 ne sera
qu'une suite de malheurs avec cette rupture du tendon d'achille lors
de la préparation d'Aout (à Vieux Boucau contre Vitoria)
suivie d'un gros pépin à la cheville quatre matches après
sa réapparition en fin de saison. Malheureux en finale du championnat
contre Antibes sans Jones, l'Elan fut encore malheureux contre Limoges
en finale de la coupe avec Jones.
La suite n'apporta rien de plus à cet ailier dont le physique
n'était pas le moindre des atouts. Et à cet égard
il faut bien admettre que Mike Jones ne se soucia pas souvent de préserver
sa santé. C'est d'ailleurs pour n'avoir jamais consenti les sacrifices
nécessaires qu'il ne fit pas plus brillant chemin, certains n'hésitant
point à penser qu'il avait quelque peu gâché les
dons de la nature. Les genoux chaque saison plus meurtris, il sacrifia
néanmoins à la soif du jeu qu'il transpirait de tous ses
pores. Israel, Argentine, Chypre furent ses derniers havres sportifs
jusqu'à la saison dernière. Il a tiré sa révérence
sur un titre national Chypriote
.. Aujourd'hui il joue sur une
patte pour le seul plaisir. Ce plaisir qui a guidé toute sa carrière,
mais qu'il étendit à toute sa vie
.

La contre-attaque est lancée...
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