Gidza de retour en Béarn!

Gheorghe MURESAN et l'Elan Béarnais... par Gérard Bouscarel.

Gheorghe "Gidza" MURESAN

Né le 14 février 1971 à Triteni de Joos (Roumanie).

Marié à Liliana- 2 enfants Gheorghe Junior et Victor.

Poste : Pivot
Saisons au club :
2ème
Nationalité: Roumaine
Taille :
2m31

Arrivée à l'Elan : Eté 1992
Dernière saison : 1996 (8 matches pendant le lockout NBA))


CARRIERE:

- Découvre le basket à l'âge de 15 ans (il mesure 2m 07)
- Joue au club de l'Université de Cluj.
- Révélé aux championnats du monde junior d'Edmonton ( Canada). La Roumanie termine 5ème son meilleur classement mondial toutes compétitions confondues) et il est meilleur rebondeur (11,4) et le second marqueur (23,4) du tournoi enlevé par les USA où figure un nommé Khalid Reeves et ou Roger Esteller fait partie du cinq idéal au sein d'une équipe d'Espagne 6ème.
- International roumain, il établit son record de points face à la Suède : 42 (Novembre 92)!

- Drafté par Washington en 93 au 2ème tour et 30ème position.
- Elu joueur de la NBA ayant le plus progréssé en 96 (Most improved player), puis joueur le plus adroit de la NBA (devant Shaquille O'Neal en 95/96 et 96/97).

- 92-93 : Elan Béarnais Pau-Orthez (56 matches - 1026 points (18,3)- 10,3 rebonds.)
- 93-94 : Washington Bullets (54 matches - 12' - 5,6 pts à 54,5% - 3,5 rebonds)
- 94-95 : Washington Bullets (73 matches - 24' - 10 points à 56% - 6,7 rebonds)
- 95-96 : Washington Bullets (76 matches - 30' - 14,5 points à 58,4% - 9,6 rebonds)*
- 96-97 : Washington Bullets (73 matches - 25' - 10,6 points à 60,4% - 6,6 rebonds.
- 97-98 : Washington Bullets : Bléssé. 98-99 : New Jersey Nets : (1match -1').
- 99-2000 : New Jersey Nets : blessé.
- TOTAL NBA : 276 matches - 10,6 points à 57,9% - 6,8 rebonds. ·
- Lors de la grève du début de saison 96, il revient à l'Elan disputer 8 matches. · En 96-97 dispute le premier tour des play-off face à Chicago et Jordan.


BIO

C'est le 1er octobre 91 que la délégation de l'Elan Béarnais Pau-Orthez découvrit de visu Georghe Muresan, le géant roumain portant le maillot noir du club Universitatea de Cluj-Napoca, ville de Transylvanie au Nord-Ouest du pays, contre lequel elle disputa le deuxième tour éliminatoire de la coupe des Coupes... A Munich, Le tirage au sort de la coupe des coupes, la seule à laquelle l'Elan n'avait jamais participé, fit obligation aux béarnais d'éliminer les roumains en deux manches pour accéder aux poules demi-finales. Une formalité annoncée, jusqu'à la découverte du phénomène roumain. Une découverte rudimentaire certes puisqu'elle se limita aux contours d'une photo d'identité, un portrait juvénile, publié par Maxi-Basket, le mensuel spécialisé auquel rien n'échappait déjà. On apprenait donc en quelques lignes, qu'à l'occasion des championnats du monde junior d'Edmonton au Canada, la Roumanie était apparue pour la première fois, en 5ème position dans un classement international... Performance qu'elle devait à la révélation de cette compétition, un adolescent de 2m 30 qui avait dévoré les rebonds et enfilés les points au point de s'accaparer les meilleurs perfs individuelles du rendez-vous canadien.... L'Elan de l'époque s'en fut ainsi en Roumanie sans en savoir beaucoup plus... Il n'allait pas tarder à vérifier combien à lui seul, Georghe Muresan modifiait les données d'un match de basket-ball! Il y eut d'abord l'épisode saisissant de l'échange des fanions, lorsque les joueurs des deux camps s'avancent les uns vers les autres ... C'est Valéry Demory qui se planta face au géant pour nous restituer furtivement, mais grandeur nature un remake du tournage de Gulliver, puis c'est tout l'Elan qui parut ridicule face à cette montagne et réinventa le tir en cloche. Plus tard la qualification acquise, les anciens racontèrent que ce soir là, les shoots béarnais étaient devenus des "scuds" tant ils partaient de loin pour mieux monter haut dans les airs. Le problème c'est que s'ils échappaient aux bras tentaculaires de ce numéro 4 à l'étroit dans ses short et maillot, ils ne retombaient pas souvent dans la cible.... Les Roumains, jeunes et sans complexe, opposèrent avec succès un style de jeu d'une simplicité d'école: le ballon allait d'abord à Muresan qui en décidait l'usage. Soit il le ressortait pour un tir à trois points, soit il en usait lui-même pour le déposer dans un panier avec lequel il traitait les yeux dans les yeux.... Et si l'Elan attendait que le géant s'épuise, il attendit longtemps puisqu' au moindre signe de fatigue manifesté le stratagème était rodé qui s'appliquait à faire intervenir les balayeurs sur le parquet .... Si bien que l'Elan se retrouva bientôt mené de 14 points au planchot et vit passer très près le spectre de l'élimination..... Le diable était roumain, toute l'Europe du basket allait en être informée cette fois, au delà des frontières du pays, où l'on ne doutait plus depuis l'avènement de Muresan de posséder l'arme absolue ... "Le vainqueur de la compétition sera le vainqueur de ce duel " avait annoncé, la veille le président de Cluj avec le plus grand sérieux... D'ou venait-il donc ce diabolique Muresan incontournable; infranchissable, imparable, inébranlable ? L'allure était pataude certes, la course heurtée et décomposée encore, la mise en place hésitante et lente enfin, mais le geste était sûr, la main agile. Il était arrivé de sa campagne natale; Tritenï de Joos, là où la route n'avait jamais connu le moindre bitumage et où la vie était rude pour une famille de six enfants dont il était la seule énormité physique. Il avait 15 ans mesurait, 2m 07 et déjà plus beaucoup d'espoir d'enfiler le moindre textile à sa taille, de courir derrière un ballon comme les enfants de son village.... En revanche, il compilait les premiers problèmes liés à son gigantisme, et c'est bien parce que son genou gonflait souvent, que les dents lui faisaient mal qu'un jour il fallut l'amener à la ville.... Le médecin le reçut, convaincu d'avoir devant lui un basketteur mais aussi surprit de ne l'avoir jamais croisé sur les terrains où sa passion de l'arbitrage le conduisait régulièrement. " Ou joues-tu donc ", s'enquit-il ? " Mais jouer à quoi?" répondu timidement Muresan. Bientôt, le couloir du centre médical lié à l'Université rassembla tout ce qu'il comptait de médecins et de patients venus à la découverte du phénomène. Et, autant que des soins, le jeune homme reçut une invitation à vite venir découvrir le jeu de la balle orange. Ce qu'il fit de bonne grâce, même si les premiers essais se prêtèrent à des sourires narquois. L'histoire rapporte que pour son premier vrai match , il ne scora que 5 points et n'attrapa guère plus de rebonds, concédant en revanche un nombre incalculable de marchers et d'interdits… Quand il dépasait de trois bonnes têtes les gens de sa catégorie. Six ans plus tard , face à l'Elan c'est lui qui interdisait tout ou presque… Si les Béarnais préservèrent leurs chances de qualification en ne s'inclinant que de 6 points (101-107) , c'est tout simplement qu'en seconde période le trio Jones-Gadou-Philipps, se déchaîna pour réaliser un carton offensif qui figure aujourd'hui encore dans les anales du club béarnais: 35 points pour Jones, 30 pour Philipps et 27 pour Gadou, soit tenez vous bien , 91% du score de l'équipe, dont Demory (3) et Thierry Gadou (6 points) étaient les seuls autres scoreurs. Au vu du festival de Muresan (39 points), c'était un moindre mal . Il serait tant le lendemain matin de préparer le plan anti-géant pour le match retour à Pau. Sur l'heure la délégation invitée à partager le repas d'après match, ne songea plus qu'à se faire une collection d'images choc. Celle de Muresan occupant deux chaises, dévorant un poulet entier, et évoluant dans un monde miniature. Huit jours plus tard au Palais des Sports, à 4'21'' de la fin , l'ombre de l'élimination rodait toujours autour d'un Elan ne menant que de 4 points (88-84), la faute à ce géant rayonnant du club béarnais avec autant de bonheur que dans son jardin roumain. Pas étonnant dans ces conditions qu'un coup de sifflet de l'arbitre espagnol M. Gallo ait fait figure d'événement ! Georghe Muresan venait de contrer Orlando Philipps et une fois encore la grande muraille Roumaine repoussait l'assaut béarnais. Sauf que cette fois Thierry Gadou vola le rebond au nez et à la barbe du géant. Le landais feinta le shoot et Muresan se fit surprendre. S'opposant au tir de son adversaire qui ne partit point, il ne réussit que trop tard à rétablir l'équilibre et vint s'appuyer sur le landais qui avait engagé sa course vers le panier. Cette faute, la cinquième de Muresan ranima la banda, los Peones et le palais tout entier. Soulagé avant même l'execution d'un adversaire orphelin, l'Elan, libéré c'est vrai, ne se fit pas tirer l'oreille pour s'engoufrer vers ce panier non gardé désormais et signer un 7-0 qui lui délivra enfin son viatique européen.(100-89). Pierre Seillant qui avait rendu aux roumains leur charmante invitation de l'aller, ne savoura pas seulement le succès ce soir là. Non, il traina tard dans le hall de l'hotel Mercure. Jusqu'à se trouver seul à seul avec Georghe Muresan. La journée du vendredi 9 octobre 1991 venait tout juste d'entamer son premier tour d'horloge, le destin de Georghe Muresan venait de basculer.

 


P. Seillant et G. Bouscarel accueillent Gidza Muresan
à l'aéroport Pau-Pyrénées.

 

Seize mois plus tard, le 10 février 1993, sept scouts représentants quatre franchises NBA annoncèrent leur venue en Béarn à l'occasion du match Elan Béarnais-Réal Madrid en ligue des champions. C'était aussi le match Muresan-Sabonis, c'est à dire le toit de l'Europe pour reprendre le titre du magazine " Gigantes ". Entre temps, Pierre Seillant avait mené à bien ses négociations avec la Roumanie et dès le mois de juillet suivant, Muresan avait rejoint l'Elan Béarnais. Il était sur les chemins de la gloire qui le conduisirent en NBA dès la saison suivante, puisque les Bullets de Washington en firent leur second choix de la draft 93 (30ème position) et le soufflèrent à Barcelone qui avait longtemps hésité après l'avoir courtisé sans scrupules par rapport à l'Elan . C'est peu dire, combien en une saison d'Elan il avait gommé toutes les lacunes liées à ses problèmes de motricité et de déplacements, combien il avait fait fi des regards voyeurs que sa silhouette polarisait, combien il s'était habitué à être l'homme à abattre, combien il vivait serein au delà des polémiques qu'il fit naître, combien il s'accomoda de tout avec une aisance déconcertante, ne se plaignant jamais d'un siège trop petit, d'un voyage trop long, bref de conditions inadaptées. Non, il était guidé par le seul souci de réussir à travers ce jeu lui offrant un exutoire incomparable, un avenir tout simplement. Alors il écouta plus qu'il ne discuta, se plia plus qu'il n'imposa, et , sommet de son caractère, travailla plus que de raison, entraînant parfois l'ire de ceux qui ne parvenaient point à le faire quitter l'atelier.

 

La saison de Gidza à l'Elan fut une progression constante, elle aurait mérité un couronnement supérieur au trophée des As conquis à Lyon mais le seul match qu'il rendit blanc comme neige fut, hélas, celui de la finale paloise du championnat face à Limoges. Gidza se contenta de 3 points et 2 rebonds lui qui boucla l'exercice à 18,7 points et 11,4 rebonds de moyenne. L'explication tomba plus tard , quand l'Elan apprit que toute la veille du jour J , Muresan l'avait passé à fuir l'incessante relance du Barça et d'une presse espagnole descendue en force et vorace à Pau suite à la rumeur l'ayant annoncé en Catalogne. Reste qu'avec un tournoi des As, le 3ème consécutif, une finale nationale et un quart de finale de la coupe d'Europe des clubs champions (contre le PAOK), l'Elan n'avait pas à rougir de l'intégration de son géant roumain La NBA n'eut pas à regretter son choix , non plus. Elle fit un show autour des duels en haute altitude qui le virent se mesurer à Shawn Bradley , Manute Bol, des gratte-ciel eux aussi. Surtout elle confirma que la volonté de celui qui était devenu Gidza n'avait pas de limites dès lors qu'il se fixait un objectif. C'est avec le même goût pour le travail, la même rigueur dans son approche qu'il se fit une place au soleil US, devenant immédiatement un des meilleurs contreurs de la grande ligue puis tour à tour le " joueur ayant le plus progréssé ", le joueur le plus adroit de la NBA (60,4%). Enfin il s'offrit un récital offensif à 30 points à 13 sur 15 aux tirs contre Boston , et signa son premier double (11 points, 11 rebonds) face à Philadelphie et Bradley c'est à dire son alter-ego sous la toise…. Vedette de la NBA, il le fut du tout Hollywood aussi lorsque Billy Cristal, présentant la générale de son fil m" My Giant ", le fit arriver dans une limousine présidentielle façon festival de Cannes. Gidza était bien sûr le géant en question et crevait le grand écran lui qui avait déjà envahi le petit à travers la publicité. Le chemin parcouru, ne lui fit jamais oublier l'Elan, point de départ de son conte de fée. D'invitation à venir le voir vivre chez lui, en coups de téléphone réguliers pour un simple bonjour, à de brèves visites entre deux voyages Etats-Unis-Roumanie, Gidza restait le même. C'est ainsi tout naturellement qu'en 95-96 , lors de la première grève de la NBA, il revint pour une pige de huit matches en Béarn, histoire d'aider le club à franchir l'obstacle Ljubljana en tout préliminaire de l'Euroligue. Lors de ce match d'ailleurs, en Slovénie, il illustra parfaitement la nouvelle dimension de son personnage. Vilipendé tout au long de la rencontre par 4000 supporters qui en avaient fait come souvent ailleurs leur tête de turc, il termina son œuvre par un "coast to coast", ponctué d'un smash de titan… Il revint vers son banc à la manière d'un cow-boy jouant avec ses colts. Le public déçu de la défaite des siens mais admiratif se leva comme un seul homme et l'ovationna. Il salua peu rancunier à la manière d'un empereur romain. Il était heureux. Gidza. Comme il est heureux d'être revenu. Car c'est peut-être tout Gidza que ce bonheur qu'il promène sur la vie. Quand bien même depuis dix-huit mois l'en a-t-elle privée en l'écartant des parquets suite à de multiples blessures. Gidza est de retour. Il dit toujours avec le même enthousiasme " I love this game ", la seule phrase en anglais qu'il connaissait et qu'il prononca le jour de son entrée chez les pros en 93 ….

 



Antoine Rigaudeau en difficulté face à Gidza Muresan,
sous le regard amusé de Darren Daye.