Conrad
Mc RAE, hélas au passé.
Il aurait eu 30 ans au début de l'année. Le 11 janvier très
exactement. Mais de Conrad Mc Rae, il faut parler au passé et on a du
mal, beaucoup de mal, trop de mal, pour y parvenir. La vie, il y mordait
dedans avec une si grande passion qu'elle paraissait lui réserver ses
plus beaux fruits, ses plus belles passions. Son coeur était énorme,
trop parfois, pour contenir tous les élans qu'il aurait souhaité. Et
c'est lui qui l'a lâchement lâché au crépuscule de l'été dernier sur
un plancher de NBA, la même après laquelle il courrait depuis 1993,
ne désespérant jamais de la rattraper. C'est pour elle qu'il avait fait
courir Pierre Seillant en juin 94, ne se décidant à revenir en Europe
qu'après avoir sillonné tous les camps pros. C'est à sa frontière qu'il
est tombé, sans jamais plus se relever, persuadé que cette fois serait
la bonne, quand bien même l'année précédente un premier ennui cardiaque
l'avait fait vaciller. Mais aussi insensée soit-elle, sa disparition
l'aura-t-elle, pour le moins, conduit jusqu'au bout de cette passion
qui le dévorait tout cru, et qui se résumait à la flamme du jeu. Oui,
Conrad Mc Rae avait le feu sacré de la balle orange en lui. Quelle plus
belle image, pour s'en souvenir, que ce "dunk" qu'il avait imaginé et
qui consistait à incendier la balle avant d'aller l'écraser dans le
cercle, toutes lumières éteintes. Ce smash là, il l'avait inventé pour
le All Star game palois de 1995 quand devant son parterre et avec la
complicité de son pote Jean Jacques Bissouma, il avait décidé d'allumer
le feu. Las, une grippe le priva de ses forces vives et s'il s'essaya
néanmoins (sans succès), c'est poussé d'avantage par la passion que
la raison . L'ombre de cette envolée manquée, hantera les cintres du
Palais comme les mémoires de ceux qui l'ont approché et qui savent ce
qu'elle avait de majestueux et noble à la fois. Conrad était un chevalier,
un serviteur du beau, un artiste accompli, un gentleman tout simplement.
Le ciel était sa limite, l'élégance son royaume et la classe son terrain
de chasse. Ce qui lui laissait encore suffisamment de place pour entretenir
un jardin secret, celui qu'il cultivait avec "mam", sa mère qu'il sacralisait
et qu'il retrouvait tous les deux jours pour lui faire partager sa joie
de vivre, dans des lettres sans fin. Conrad écrivait avec la même fluidité
qui l'accompagnait pour s'envoyer dans les airs dès que surgissait l'odeur
d'un cercle de basket. "Il Magnifico" indiquait simplement le poster
édité par Trieste, le club italien, son dernier club, lors du tournoi
disputé à sa mémoire en septembre dernier. Il était magnifique effectivement
et ce n'était pas la peine d'en rajouter, puisque l'image transpirait
une émotion identique à celle qu'il transpirait. GRAND D'EUROPE Comme
pour beaucoup de joueurs outre atlantique, l'Elan aura servi de tremplin
à Conrad Mc Rae dont les débuts sur le vieux continent n'avaient pas
été des plus heureux. Issu de l'Université de Syracuse en 93, drafté
mais pas conservé par les Bullets de Washington, Conrad débute en Turquie,
à Fenerbahce. Il rejoint l'Elan en 94 lors du tournoi de Brest et sera
l'équipier de Rickie Winslow. Finaliste du championnat de France (défaite
contre Antibes) et demi-finaliste de la coupe Korac (défaite contre
Milan), il quitte la France sans trophée mais avec une réputation grandissante.
C'est Efes Pilsen qui obtient, sa signature et qui devient, avec lui,
le premier club turc à enlever un trophée européen (la coupe Korac).
C'est d'ailleurs l'année de tous les bonheurs pour Efes et Conrad puisque
le club réussit encore le doublé national (coupe, championnat). Efes
Pilsen tente de conserver le joyau Mc Rae mais l'appel de l'Italie est
le plus fort. Il faut dire qu'à Bologne la guerre des deux géants transalpins
fait rage et Fortitudo qui ne rêve que de détrôner le Kinder, le fait
venir à Bologne.

All-Stars Game de Pau: Conrad McRae (malheureusement
grippé ce jour-là) entouré de Lolo Foirest, de
son ami Jean-Jacques Bissouma qui remportera le concours de dunks, et
de Rickie Winslow...
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Après la Turquie
et l'Italie, Mc Rae franchit un nouvel échelon dans la hierarchie économique
du vieux continent. Personne ne peut lui proposer plus que le PAOK de
Salonique où il atterrit en 97-98. La saison 98-99 marque son retour
en Turquie où Fénérbahce qualifée pour l'Euroligue monte une équipe
de standing NBA avec Abdul Rauf, Zan Tabak, Marko Milic, Ibrahim Kutluay
et... Conrad Mc Rae, qui pour un contrat dit hors-normes, a oublié ses
déboires de sa première année européenne sous les mêmes cieux.... Mais
la compilation de stars ne débouchera pas sur le tube de l'hiver, au
contraire, le match de Pau où Fenerbahce est emporté par le collectif
de l'Elan marque la fin de l'aventure et le début des problèmes financiers...
Conrad renvoyé prématurément en profitera pour bien préparer son été
US et sa quête de NBA. C'est là qu'il est victime d'un ennui cardiaque
qui laisse craindre pour la suite de sa carrière. Mais soigné et bien
reposé il retrouve peu à peu le chemin des planchers et c'est à Trieste
qui'il redécouvre la joie de jouer. Sa saison montre qu'il n'a rien
perdu de ses qualités de funambule et c'est encore plein d'espoir qu'il
se lance à la conquête d'une place en NBA... Il n'en reviendra jamais.
Conrad Mc Rae était né le 11 janvier 1971 à New-York city. C'était un
athlète de 2m 08 et un sacré charmant garçon, un de ceux que le palais
des sports se plaisait à revoir tant il est vrai que Conrad revenait
régulièrement rendre visite à l'Elan. Le plus souvent une rose à la
main, pour l'ensemble du secrétariat.... (G. Bouscarel,
02/2001)

Conrad et Didier...
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