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Samad Nikkhah: "Pau, ma deuxième maison"

Samad Nikkhah: "Pau, ma deuxième maison"

Samad Nikkhah, (prononcez Nikrah) puisque c’est sous ce nom qu’il a toujours choisi de jouer, effectuera dimanche ses débuts sous le maillot de l’Elan. Il deviendra, à 25 ans, le premier basketteur iranien à évoluer sur le continent européen. Un moment d’émotion qu’il partagera secrètement avec Aidin.
Aidin, c’est ce frère décédé, avec sa fiancé, en décembre 2007, dans un accident de la route après avoir disputé une rencontre de la super ligue iranienne. Car, il le dit, la gorge encore nouée, dans l’entretien qui suit, depuis la disparition de son aîné d’un an, « c’est une autre vie qui a commencé et ce n’est plus la même.»
Aidin qui était la véritable star du basket iranien, le premier capitaine à qualifier le pays pour des Jeux Olympiques, n’était pas seulement son frère, il était « tout » et depuis, Samad qui dit « le sentir à mes côtés » s’est promis de jouer pour deux… Un peu comme lors du tournoi olympique de Pékin, où, ayant hérité des galons du frère, il termina second meilleur réalisateur de l’équipe d’Iran  (25 points contre la Croatie)…
 
Samad, cette volonté de jouer hors de vos frontières remonte à quand ?
-« J’ai toujours voulu progresser depuis que je joue au basket et ce n’est pas d’aujourd’hui. Il y a donc deux à trois ans que j’ai commencé à essayer de sortir de mon pays.»
 
Avec des difficultés particulières ?
-Non ce n’est pas difficile de sortir du pays, ce qui l’est davantage c’est de convaincre qu’il existe du basket et de bons basketteurs chez nous. Personne ne nous connaît. Chaque fois que  mon agent me proposait, il recevait une réponse polie mais presque ironique… »
 
 
Qu’est-ce qui a changé ?
-« Nous sommes devenus champions d’Asie donc qualifiés pour les Jeux de Pékin. Le pays a fait de gros efforts pour notre préparation et nous avons joué de nombreux pays, nous avons aussi beaucoup voyagé. Jusqu’en Australie. Nous avons été invités aux USA pour participer à la Summer League de Salt lake City (il y a croisé Hiram Fuller, NDLR) puis il y  a eu le tournoi olympique de Pékin et le regard des gens a changé. Nous avons bénéficié d’une énorme promotion et d’une plus grande médiatisation. »
 
Comment situez-vous le basket iranien aujourd’hui ?
-« Il n’est pas encore au plus haut niveau mais ses progrès sont considérables d’année en année. Les clubs se structurent, deviennent plus professionnels. C’est lié au fait qu’il y a plus d’argent qu’il n’y en avait. L’arrivée des étrangers, qui doit remonter à 5, 6 ans a aussi permis d’élever le niveau. ET puis si je suis le premier de mon pays à jouer en Europe, il y a déjà trois iraniens aux USA dont un en NBA. »
 
A partir de là et vu la situation de votre épouse (étudiante à Pau) la France est-elle une priorité ?
-« Très honnêtement la priorité c’était de pouvoir jouer dans un championnat meilleur que le notre. Toujours dans un souci de progression. Mais bien évidemment quand la proposition de Cholet est tombée, c’était la meilleur opportunité pour moi.. »
 
A Cholet justement que s’est-il passé ?
-« Tout allait très bien, mais il y a eu ce problème administratif avec les demandes de visas auxquels je suis soumis. C’était lourd à gérer du fait de l’enchaînement des matches championnat-coupe d’Europe. On s’est séparé bons amis et j’ai gardé des copains la-bas. J’ai été très déçu de leur élimination en Euro-coupe, je souhaitais à mes anciens équipiers de continuer et d’aller le plus loin possible. Bon , ils ne sont pas éliminés puisqu’ils vont jouer l’Euro-challenge et je leur dis bonne chance.»
 
Et puis vous arrivez à Pau et là c’est encore une meilleure opportunité ?
-« C’est effectivement plus que super… Je connais la ville, je connais des gens. Ma femme et sa famille sont palois depuis plusieurs années tout est plus facile pour moi et je dois dire que Pau est ma seconde maison. »
 
Votre connaissance de notre langue, c’est par l’intermédiaire de votre épouse ?
-        -" Oui, mais pas totalement… Comme elle étudiait à Pau, je venais régulièrement à Pau deux trois fois par an. Je m’étais inscrit à l’Université d’été mais je n’ai pu y faire qu’un mois, j’aurais aimé terminer le trimestre mais il fallait que je rentre pour le basket. J’ai appris aussi par ce biais là…»
 
Et venant à Pau régulièrement vous n’avez jamais eu l’idée de pousser jusqu’au Palais des sports ?
-« Je vous l’ai dit dès lors que nous n’existions pas sur le plan basket, c’était très difficile… Comment expliquer ? Nous faisons un complexe je crois et puis la timidité et puis Pau c’est tout de même une grosse histoire, de gros joueurs. La porte était difficile à pousser pour un jeune joueur iranien sans bagage… »
 
Vous allez débuter à l’Elan par un match contre le champion sortant. Challenge difficile ?
-«  Bien sûr que ça sera très dur… Mais tout est toujours possible. C’est du sport, du basket, tout peut arriver. Vous savez mêmes les USA qui ont tout de plus fort que les autres il leur arrive de perdre des matches. Nous sommes tous des hommes et en tant que tel on se doit de toujours essayer. »
 
Pas de pression particulière donc ?
-«Non, je crois être un gagneur, je joue que pour ça, gagner. Il faut souffrir pour y arriver mais on le sait. »
 
Vous jouez aussi avec une force intérieure incroyable, c’est lié au décès de votre frère, Aidin ?
-« Oui, nous avons commencé le basket ensemble. Il avait 10 ans et moi 9. Et nous avons toujours suivi le même chemin. Il était mon frère, mais il était plus que ça… Un confident, un ami, un guide. Il a toujours veillé sur moi, même quand il est devenu la vedette nationale de notre sport. Il était tout… (silence).
Depuis son décès, c’est une autre vie qui a commencé pour moi . Je n’avais jamais vécu sans lui et c’est très dur. 
Il me manque même si je le sens toujours à mes côtés. Je joue toujours un peu pour lui.. Mais je sais aussi que la vie doit continuer…. »
             
 
             
 

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