Gérard Bouscarel a été durant 24 ans journaliste à la République et l'Eclair des Pyrénées en charge de suivre l'Elan Béarnais. En 1992, il rejoint Pierre Seillant et devient directeur sportif du club. Aujourd'hui retraité, il est l'auteur de deux ouvrages sur l'Elan, "Un commando pour la Korac" et "Pierre Seillant - Au coeur de l'Elan Béarnais." Pour le site officiel, dans la rubrique "Sous un autre angle", il nous livre son billet et revient sur le 102ème clasico remporté par l'Elan.


Serge, vous êtes officiellement béarnais !


Un soir de clasico, peu importe son rang dans l’histoire, vous n’êtes jamais rassasié d’infos. Plus vous en dénichez et mieux c’est. Et c’est encore plus vrai si l’Elan l’a gagné, que dis-je ? Si l’Elan a triomphé puisqu’on ne gagne ni n’arrache ni ne remporte un clasico, on triomphe de cette joute sans merci. Aussi dimanche soir, à peine éteint le téléviseur, on s’est rué sur la toile pour voir ce qui s’y disait. C’est d’ordinaire un exercice agaçant. Derrière un pseudo se cache plus de bêtises, restons polis, que d’autres choses. Mais un soir de triomphe, on y tient, vous êtes si léger, si transporté de plaisir que vous encaissez mieux. C’est mon cas. Et puis dans la fourmilière des écritures il n’y a pas que des âneries non plus. Il y a les analystes qui pensent que … et mettent beaucoup de si, il y a également les chercheurs de la bonne formule, du bon mot. Ce n’est pas là un exercice très aisé.

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" Toques si gaüses"

Rendons donc à Jérôme Boudier, derrière lequel se cache sans doute effectivement Jérôme Boudier, ce qui lui appartient, le titre de cette chronique. Oui, c’est lui qui textuellement a écrit : « ça y est Crèvecoeur est officiellement béarnais ». Ce n’est pas seulement très mignon, c’est d’une grande véracité. Et ça vous renvoie sans détour aucun à ce qu’est le clasico, une chose à nulle autre pareille, un match qui ne vaut que deux points comme tous les autres mais qui, sur le coup se mesure en fierté, en passion, en honneur. Ainsi en triomphant en terre limousine, en faisant taire Beaublanc, Serge Crevecoeur, son staff, ses troupes entrent de plein pied dans l’ordre Béarnais, de l’Elan Béarnais s’entend. Ils y sont intronisés. Ils y ont un statut. Ils y ont gagné un rang. Ils y ont un crédit démultiplié. Ils y sont pour toujours, car on n’oublie jamais sur nos terres ni l’année, ni le nom de ceux qui ont réussi cette mission. On ne dira pas qu’il vous sera désormais beaucoup plus pardonné, on dit seulement, mais c’est beaucoup, que "Toques si gaüses" vous appartient à vous aussi et que vous avez le droit d’en faire une version bruxelloise. C’est, sachez-le monsieur, tout le peuple de l’Elan que vous avez rendu heureux dimanche, plus encore fier, très fier. Mais quelque chose nous dit à l’oreille que vous vous doutiez quelque peu du retentissement d’un exploit des vôtres chez l’ennemi héréditaire. Tout simplement parce qu’il ne faut pas être grand clerc en arrivant à l’Elan pour comprendre qu’il y a une saison à jouer et puis deux "clasicos", et qu’on ne met pas le tout dans le même tonneau. Ce qui n’enlève rien à votre mérite au demeurant, bien au contraire, on connaît trop le prix de la performance à Limoges pour en discuter quoi que ce soit.


Trois belles performances


Sans annoncer ce très joli coup, votre premier trimestre en Béarn disait déjà que celui ou ceux qui vous avaient préféré aux quatre autres candidats retenus n’avaient pas fait le plus mauvais choix. Votre parcours, fut-il très atypique, plaidait pour vous, on ne bâtit, pas sur dix ans une aussi belle histoire que celle du "Basic-Fit Brussels" sans que le capitaine n’ait les épaules costaudes. En ayant tiré le maximum alors que vous disposiez du minimum vous aviez pas mal de similitudes avec votre prédécesseur, Eric Bartécheky, lequel vous le savez était ancré dans le cœur de tous ici… jusqu’à son départ mal vécu, très mal vécu, par la direction. La première performance à votre actif elle est là : avoir fait oublier un coach que tout le monde regrettait et pensait difficile à remplacer… Tant qu’on y est, on met dans le même paquet DJ Cooper, le brillantissime Cooper, qui à en écouter beaucoup nous laissait orphelin, ce qui n’était pas absurde à priori, mais qu’à votre manière vous avez remplacé. On dit à votre manière puisque ce n’est pas un nom qui a pris sa place mais une alchimie.


Et puis non content d’arriver chez nous, l’ombre de ces deux monstres sacrés encore dans les esprits, le calendrier vous livra un autre joli cadeau, on veut parler de ces 7 premiers matches dont un seul était raisonnablement gagnable sur le papier, celui de Hyères-Toulon. Tous les autres pouvaient très bien être source de désagréments, puisque répertoriés de calibre top 8. Or le dernier de ce volet passait par Limoges, match à haut risque dont les joueurs de scrabble diraient match comptant triple… Et vous voilà avec le bilan on ne peut plus flatteur de 5-2, une place dans le peloton des seconds, la meilleure défense et ma foi une assurance au Palais qui fait plaisir à voir et plaît d’ailleurs à votre exigeant public. Sans la bourde de Gravelines c’eût été encore plus brillant. C’est la seule tâche sur votre copie mais vous vous en êtes excusé en assumant l’erreur qui consista à prendre trop tardivement un temps mort en reprise de mi-temps… Un coach qui s’excuse, voilà bien une nouveauté. Personnellement nous n’en avions jamais été témoins… Cela aussi vous honore. Mais vous êtes à l’évidence un très bon communicant, on comprend à vous écouter ou lire que le costume d’homme de finance vous soit si bien allé. Celui de prof à Harvard vous aurait sans doute été à merveille aussi. C’est dans celui de coach, toujours tiré à quatre épingles, que vous avez choisi de poursuivre et celui là aussi vous va comme un gant. C’est ce qui nous importe au fond. Rien que pour cette panoplie très propre et pour avoir réussi à doser pile poil votre Elan, malgré les problèmes de votre meneur lors de la préparation, malgré l’absence prolongée de Chikoko, vous n’auriez pas tardé à gagner la reconnaissance du peuple de l’Elan. Mais en triomphant à Limoges vous avez brûlé les étapes pour devenir officiellement béarnais. Béarnais "cap et tout" Monsieur Crevecoeur.